Grèbe
huppé - Great Crested Grebe
Podiceps cristatus - famille des Podicipédidés
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Dans bien des régions où
le gel hivernal interdit tout stationnement d'oiseaux d'eau sur les étangs,
le retour des grèbes huppés se produit en février et se
poursuit en mars. La construction du nid flottant se fait isolément,
parfois en petite colonie lorsque le site s'y prête. 4 à 5 ufs
sont pondus entre avril et juin et éclosent au bout de 3 semaines pleines
(23 jours). Les jeunes nidifuges quittent alors le nid et suivent en nageant
les adultes dans leur quête de nourriture. Ils se réfugient volontiers
sur leur dos en cas de danger ou, plus simplement, lorsqu'ils sont fatigués.
Cette dépendance envers les adultes dure 3 mois et il est fréquent
d'entendre de grands jeunes striés, de la taille des adultes, piailler
pour obtenir de la nourriture. Une seconde ponte est régulière,
surtout dans nos régions septentrionales et peut se produire avant que
les jeunes de la première nichée soient émancipés.
L'élevage de la deuxième couvée peut durer jusqu'en octobre
et des nichées hivernales ont déjà été notées
lors d'hiver particulièrement doux. Cette prolificité pour un
oiseau d'eau explique l'expansion du grèbe huppé à travers
nos pays depuis sa protection intégrale par la loi.
En automne, dès le mois de septembre, des oiseaux du nord de l'Europe
se regroupent sur nos vastes plans d'eau ou sur le littoral. Il n'est pas rare
d'en voir migrer depuis les sites de seawatching de la Mer du Nord et de la
Manche.
Le grèbe huppé
est omniprésent sur tous les plans d'eau de plaine de France (plus rare
comme nicheur dans le tiers sud), de Belgique, du Luxembourg et de Suisse. C'est
un nicheur commun, aussi bien sur les étangs de pisciculture bordés
de vastes roselières que dans les gravières transformées
en bassin en poissons pour les pêcheurs. Il niche également plus
rarement le long des cours d'eau, installant son nid flottant dans les branches
tombantes d'un saule bordant la rivière.
En hiver, des regroupements de plusieurs dizaines voire plusieurs centaines
d'individus ont lieu sur les lacs et les étangs de grande taille, mais
aussi en mer, aux abords des côtes. Le Nord-Est de la France et l'Est
de la Belgique voient leurs effectifs chuter lors d'hiver rigoureux emprisonnant
de glace les étangs, les grèbes huppés se réfugiant
alors sur les rivières ou, le plus souvent, migrant plus au sud.
Lorsque vous vous rendez
sur n'importe quel plan d'eau d'Europe de l'Ouest, vous êtes en mesure
d'espérer observer quatre espèces d'oiseaux d'eau : le canard
colvert, la foulque macroule, la poule d'eau et le grèbe huppé.
Si ce dernier est absent, c'est vraiment signe qu'il n'y a pas de poissons dans
l'étang. En hiver, on le retrouvve également en bord de mer et
sur les cours d'eau. Il lui arrive même de nicher sur le bord d'une rivière
dans certaines régions.
Avec son plumage à dominante blanche, le grèbe huppé se
repère facilement sur un plan d'eau, d'autant plus qu'il se montre très
souvent à découvert en plein milieu de l'eau libre, barbotant
en petite troupe durant l'hiver. En été, sa vie se passe en couple.
Le nid est sommairement arrimé à la végétation aquatique
et les allées et venues incessantes des adultes permettent de le localiser
sans problème. Une fois les poussins éclos, toute la famille visite
les environs. Le spectacle des petits grèbes montant sur le dos des adultes
est un tableau des plus pittoresques !
Toutefois, c'est la parade nuptiale qui est la plus extraordinaire lorsque les
deux oiseaux du couple se rapprochent puis se redressent brusquement l'un contre
l'autre. Cette position peut durer quelques secondes et être répétée
plusieurs fois durant la journée. Ce rituel printanier annonce le retour
de la vie aux abords de la roselière désertée par les oiseaux
en hiver. C'est le prélude aux accoupements et à la onstruction
du nid.
Le comportement le plus difficile à observer chez cet oiseau est en fait
le vol car, devant un danger potentiel, il préfère s'enfuir en
plongeant sous l'eau pour réapparaître quelques dizaines de mêtres
plus loin, là où on ne l'attend pas, plutôt que de prendre
la voie des airs. En fait, il n'y a guère que sur les sites de migration
maritime que l'on peut voir de façon régulière des grèbes
huppés en vol.
En plumage nuptial, le
grèbe huppé possède une collerette orange bien caractéristique
qui contraste fortement avec son cou blanc. En hiver, celle-ci disparaît
au profit d'une petite calotte noire. Le dos est brun en tout plumage. Les deux
sexes sont semblables. Les jeunes possède un plumage rayé sur
le cou et la tête mais acquièrent dès l'hiver le plumage
de leurs parents.
Le grèbe huppé ne pose pas vraiment de problèmes pour son
identification. Il est, rappelons-le, le plus grand de nos grèbes et
même le grèbe jougris apparaît moins élancé
que lui. Enfin, et c'est là le critère principal pour le différencier
de ce dernier, sa poitrine et son cou sont toujours d'un blanc immaculé.
Quoique sa voix ne soit
pas des plus sonores, le grèbe huppé n'est cependant pas avare
de vocalises. En effet, il émet en permanence des grognements sourds
mais facilement audibles si l'on sait leur prêter l'oreille. Leur tonalité
et surtout leur puissance varient, surtout si deux grèbes du même
sexe se rencontrent aux limites de leurs territoires respectifs.
D'autres cris, notamment durant l'accouplement, sont nettement plus forts mais
leur fréquence est bien plus faible.
Comme beaucoup d'espèces
au régime principalement piscivore, le grèbe huppé a eu
à subir et subit encore malgré sa protection par la loi le courroux
des pêcheurs et des pisciculteurs. Perçu essentiellement comme
un concurrent dangereux par le pêcheur à la ligne, celui-ci supporte
mal qu'un volatile vienne le narguer en prennat des possons juste devant sa
canne à pêche. Dans certains étangs envahis de pêcheurs,
les nids des grèbes sont détruits par des personnes mal intentionnées.
La destruction directe n'existe heureusement plus mais, lorsqu'un grèbe
huppé avale le vif d'un pêcheur et se retrouve prisonnier au bout
de la ligne, son avenir est dans tous les cas fort compromis. Soit il tombe
sur un pêcheur sympa qui lui otera l'hameçon fiché dans
sa gorge - ou plus vraisemblablement se contentera de couper le fil en lui laissant
l'hameçon -, ce qui entraînera à tous les coups une infection
aux conséquences souvent fatales ; soit il tombe sur un extrémiste
qui lui tordra le cou sans vergogne après l'avoir sorti de l'eau
Malheureusement, les pêcheurs d'aujourd'hui ne pratiquant leur loisir
que pour rentabiliser leur carte de pêche, ne supportent pas que des animaux
sauvages viennent se nourrir des poissons qu'ils ont eux-mêmes payé
et réintroduit à leurs frais dans la rivière ou l'étang
où les poissons sauvages ont disparu depuis longtemps à cause
des pollutions agricoles en tout genre.
Cela dit, à l'instar des hérons cendrés et des grands cormorans,
le grèbe huppé se porte bien, ceci grâce aux alevinages
massifs effectués par les sociétés de pêches et grâce
à la création de nombreux étangs de pêche dans d'anciennes
gravières où les poissons d'élevage ne trouvent aucune
végétation pour se réfugier de leurs prédateurs
naturels. En choisissant d'artificialiser au maximum la filière pêche
sans chercher à lutter contre les causes réelles de la disparition
des poissons dans nos rivières que sont la pollution agricole et la rectification
des cours d'eau, les pêcheurs offrent toute l'année le gite et
le couvert aux différentes espèces d'oiseaux piscivores qui, du
martin-pêcheur au balbuzard, savent tirer profit de cette aubaine.
© Hervé MICHEL 2003